Une vitrine… dans l’espace

Lundi 16 février 2015

L’État et la SES créent une joint-venture pour un satellite gouvernemental

225 millions d’euros seront réunis pour le projet et dix millions par an injectés pendant dix ans

Le satellite gouvernemental de communication SES-16/GovSat, fabriqué par les Américains d'Orbital ATK, devrait être lancé au deuxième trimestre 2017.

En officialisant, hier matin, la création d’une joint-venture avec la Société européenne des satellites, l’État passe à la phase concrète de son projet de satellite gouvernemental, sur la « rampe de lancement » depuis trois ans. De quoi surtout satisfaire les obligations internationales en matière d’Europe de la Défense vis-à-vis de l’OTAN. Un CEO sera recruté d’ici mars.

Nous sommes en novembre 2012. Le lundi 5 exactement. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche présente le rapport qu’il a commandé auprès de la société franco-américaine Euroconsult sur l’avenir du secteur spatial au Luxembourg et les pistes à suivre. Moins de deux ans et demi plus tard, le gouvernement s’est affranchi de ces recommandations sur 156 pages en préférant, pour développer son image sur la scène internationale – et accessoirement le secteur économique au Luxembourg -, créer une joint-venture avec la « Société européenne des satellites » (SES) autour du lancement d’un satellite de communication. L’espace a quitté le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur pour passer dans le giron du ministère de la Défense et de l’Économie, les deux portefeuilles d’Etienne Schneider.

10 millions pour 20% des capacités

« Je préfère prendre des mesures qui profitent directement à l’économie », justifie le vice-Premier ministre, entre la Turquie pour une mission de prospective et Riga pour une réunion de ministres européens de la Défense. « Comme c’est le cas avec le datacenter de la NSPA qui a succédé à la NAMSA, la rénovation des pistes du Findel, aussi utilisées par l’OTAN, ou encore les 100 millions dans la rénovation du centre militaire de Diekirch. »
Jeudi dernier, chez le notaire, les deux partenaires ont mis cinquante millions d’euros chacune dans la corbeille de la mariée et un emprunt de 125 millions d’euros sera contracté pour financer la construction de ce satellite, confié aux Américains d’Orbital ATK, un des leaders mondiaux de ce marché en plein devenir.
A Luxembourg, la direction des ressources humaines de la SES chauffe : c’est normalement en interne que devrait être trouvé un directeur général de la nouvelle structure, pour l’instant dirigée par la conseillère diplomatique et cheffe de cabinet adjointe de M. Schneider, Sasha Baillie. Le conseil d’administration sera composé de quatre fonctionnaires et de quatre personnes de la SES.
Dans le projet de loi déposé le 18 novembre, le gouvernement s’est engagé à dix millions d’euros par an pendant dix ans pour 20% des capacités sur le nouveau satellite. Le reste sera loué à d’autres gouvernements, le Luxembourg misant sur un doublement des besoins de l’OTAN pour la période 2019-2034. Un pari audacieux en vérité puisque selon le rapport annuel d’Euroconsult, les trois quarts des 1.155 satellites qui seront lancés dans les dix ans pour 248 milliards de dollars seront gouvernementaux. Sur la durée, c’est moins cher que de louer des capacités à des structures existantes.
Au Luxembourg, cela permettra de faire passer l’effort de défense du pays de 0,4% - le plus faible de l’OTAN – à 0,6%. Encore assez loin des 1% préconisés par l’Alliance mais le ministre trouve l’objectif démesuré par rapport à la taille du pays et à ses engagement opérationnels.
Le GEOStar-3, que l’Américain annonce pouvoir livrer en deux ans à partir de la date de réception de la commande, a une durée de vie de quinze ans, est compatible avec les lanceurs auxquels s’adresse généralement la SES (Ariane 5, Falcon 9 ou Sea Launch par exemple) et vaut au prix catalogue dans les 200 à 400 millions de dollars. Le choix luxembourgeois est plutôt dans la fourchette basse, « mais ce n’est pas le plus important », note un expert. « L’important, c’est l’optimisation du spectre. »
Le SES-16/GovSat, un des sept satellites en commande pour la SES après le « 14 » chez Airbus Space and Defense et le « 15 » chez Boeing, est un satellite multi-missions qui utilisera des fréquences militaires dédiées (bande X et bande Ka à usage militaire) pour offrir des faisceaux très puissants et totalement orientables pour de multiples missions spécifiques au gouvernement. Le satellite couvrira l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pas question en revanche qu’il puisse être utilisé pour le pilotage de drones, même quand la fréquence Ka le permettront. Le gouvernement a verrouillé la dimension juridique de cet aspect, Histoire de ne pas avoir de problème diplomatique.

Le projet (encore secret) d’Etienne Schneider

Luxembourg. Et si le satellite gouvernemental n’était pas le projet-phare du gouvernement pour le secteur de l’espace ? Il ne permettra pas au pays de remplir ses obligations avec l’OTAN, il n’est pas dans les pistes à suivre pour Euroconsult et le gouvernement ne semble d’ailleurs toujours pas avoir l’intention de créer à Luxembourg une « Agence de l’espace », sorte de guichet unique pourtant recommandé pour favoriser l’organisation structurée de cette filière cruciale pour l’économie luxembourgeoise. Non, le ministre de l’Économie et de la Défense, Etienne Schneider, a une autre idée qui devrait voir le jour prochainement mais sur laquelle est soigneusement entretenu le mystère. Début mars à Luxembourg aura lieu une réunion de premier plan avec tous les professionnels du secteur, notamment avec des représentants de la NASA, et des investisseurs prêts à s’y engager. Ce projet qui devrait devenir effectif d’ici une dizaine d’années sera futuriste et portera sur l’exploitation de l’espace. « Il sera l’équivalent, si tout se passe bien ; de la SES Astra ce l’époque », indique le ministre, sans vouloir aller plus moins. Par superstitions. (T.L.)

Luxemburger Wort - Par Thierry Labro - Source photo: SES

Revenir à la liste des actualités