Droit dans ses bottes

Vendredi 08 mars 2019

Rafaël, un soldat luxembourgeois stationné à Mazar-i-Sharif en Afghanistan
Par Gaston Carré (Mazar-I-Sharif)

Le Grand-Duché est Etat membre de l’OTAN, et participe dès lors à la mission «Resolute support» en Afghanistan. Deux militaires luxembourgeois sont stationnés à Mazar-i-Sharif, nous avons rencontré Rafaël, le plus jeune de ces deux lions rouges dans le Hindu Kush.

«Nous sommes dans un milieu hostile, mais nous sommes prêts»: Rafaël, 23 ans, fait montre à la fois de lucidité et d’une crâne assurance dans l’évocation de sa présence en Afghanistan. Le jeune homme est affecté au camp Marmal à Mazar-i-Sharif, gigantesque base de l’OTAN sous commandement allemand, dans un nord afghan qui en dépit de sa situation géographique est l’une des régions les plus «chaudes» du point de vue sécuritaire.

Le pistolet Glock 17 que Rafaël porte à son ceinturon contribue sans doute à l’assurance dont il fait preuve. «Tout peut arriver ici, mais nous avons été préparés à notre mission, bien avant notre arrivée en Afghanistan déjà». Le garçon est à Marmal depuis quatre semaines environ, pour une mission qui s’étendra sur quatre mois au total. Il porte le grade de soldat-chef, et effectue son service avec son compatriote Gilles, un adjudant-major qui pour sa part assure un travail essentiellement administratif, étant chargé des contacts avec l’état-major au Luxembourg et, ici, de l’organisation des mille et une réunions requises par la coordination du camp. A Rafaël le Glock 17 pour l’heure n’a pas servi – «heureusement, car le jour où il faudrait tirer je me trouverais sans doute dans une situation très difficile».

Rafaël, comme Gilles, est en Afghanistan sur base volontaire. «Les demandes sont assez nombreuses d’ailleurs, les critères de sélection aussi.» Le jeune élu ignore les critères en question, mais l’on devine qu’ils concernent autant le profil psychologique et la nature de la motivation que les facteurs relevant de la compétence militaire.

Droit dans ses bottes, ce garçon au visage poupin fait preuve d’une belle maturité. Un certain désir d’aventure sans doute, mais un désir réfléchi, chez ce militaire qui n’a rien des baroudeurs à grande gueule que l’on peut observer par ailleurs. Rafaël d’ailleurs «n’en rajoute pas» dans l’évocation de son travail, qu’il nous présente en toute sobriété.

Sa journée débute de bonne heure, par des réunions de briefing qui vont affiner le programme des huit heures à venir. De fait, le soldat est en charge des visites de VIP – elles sont incessantes, sachant que la présence au camp de 22 nations induit un dense flux de visiteurs de haut rang, ministres, ambassadeurs, experts et autres «very important persons». Il faut organiser ces visites, accompagner leur déroulement, veiller à ce que les conditions matérielles soient réunies.

Parmi celles-ci figure l’entretien des véhicules, pas question de prendre le volant avec un pneu écorché par un bout de barbelé, quand il faut conduire Jean Asselborn à l’hélicoptère qui l’attend pour une rencontre avec le président afghan. Le jeune homme au demeurant est touché par l’attention dont Asselborn fait preuve à son égard comme à celui de son camarade Gilles: «sa visite montre l’importance qu’il attache à notre présence, c’est un honneur et une légitimation».

De solides camaraderies

Quels seront, après son retour, ses souvenirs les plus chers de cette aventure afgane? «Les relations humaines vécues dans ce camp». Des relations avec des camarades en provenance de 22 nations donc, et qui jamais ne se chamaillent pour des broutilles – un gradé nous disait, plus tôt, que les soldats ici savent que leur propre survie est en jeu, et que cette conscience de l’enjeu engendre de solides camaraderies, qui jamais ne sont brouillées par la mesquinerie.

Y a-t-il au Luxembourg quelque «petite amie» qui attendrait le retour du jeune homme?

«Non. Entamer une relation avant le départ aurait été moralement irresponsable. Au retour par contre je serai ,open‘».

Luxemburger Wort

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