La cyberdéfense sur le pied de guerre

Mardi 13 avril 2021

Ah, les combats d'antan. Tout y était clair : l'ennemi avait un drapeau à défendre, un uniforme sur le dos et une arme au poing. Aujourd'hui, l'assaillant se fait moins visible, abrité derrière une muraille informatique. «Mais la capacité de nuisance d'un seul individu se trouve décuplée», assure le général Steve Thull à la tête de l'armée luxembourgeoise. Et face à cette nouvelle forme d'opposition, le chef d'état-major l'affirme : «Le pays n'est pas en retard. Nous avançons sur les traces de nos partenaires de l'OTAN». Organisation qui, depuis 2016, a fait de la cybernétique un domaine opérationnel au même titre que la gestion des forces terrestres, aériennes ou marines.

L'armée luxembourgeoise a-t-elle déjà servi de cible électronique? Oui, et le général ne s'en cache pas. L'armée a-t-elle déjà identifié une attaque hostile venant d'un autre pays? «Nous ne sommes pas encore à ce niveau de maturité». L'armée luxembourgeoise a-t-elle déjà usé de l'arme électronique pour viser des intérêts étrangers. «Non», parole d'officier.

«D'ailleurs, il n'est pas dans notre stratégie de cyberdéfense d'avoir un rôle offensif. Nous assurerons une cybervigilance des intérêts militaires du pays, et riposterons pour récupérer le terrain éventuellement perdu, pas au-delà.» Au besoin, en cas de défaillance du bouclier luxembourgeois, l'article 5 de la charte de l'OTAN précise que les trente autres Etats membres devront assistance au pays en difficulté. «Même si l'assaut est numérique et pas physique!» 

Les partenaires extérieurs ont d'ailleurs un rôle majeur dans le renforcement de le cyberprotection militaire. «A notre échelle, il est impensable de tout gérer, aussi il faut échanger avec nos alliés sur ce point. C'est aussi une façon d'être à la hauteur de nos engagements quand nos soldats sont amenés à partir en mission extérieure. Ils doivent avoir le même niveau d'information et d'attention sur les risques de cette guerre électronique». Car oui, guerre il y a.

Un radar brouillé paralyse  les moyens aériens qui se retrouvent bloqués au sol (avions, drones..). Des communications captées et voilà des troupes localisées, et donc aisément prises pour cibles. Un ordinateur ou des datas piratés et l'arsenal luxembourgeois peut être rendu inopérant. Autant d'hypothèses dont le chef d'état-major (ancien chef du département système information et communication) sait qu'elles ne relèvent pas du scénario de cinéma. «C'est pourquoi le premier axe de notre stratégie consiste à renseigner et former l'ensemble de nos effectifs», avance le général Thull.

Une formation au danger numérique qui concerne tous les postes, tous les grades. «Une secrétaire qui intègre un port USB peut être aussi dangereuse qu'un soldat portant une montre connectée personnelle dont les données peuvent permettre sa géolocalisation. L'officier qui ne protège pas certains dossiers donne un avantage à l'ennemi comme le fantassin qui poste une image de lui en mission sur les réseaux sociaux.» Bref, la surveillance n'est pas que dans l'électronique embarquée des engins, les logiciels employés ou le stockage des informations sensibles mais bien une stratégie globale.

Recruter : voilà le troisième axe de la cyberdéfense luxembourgeoise. L'armée va se renforcer ces prochaines années ( 45 recrues en 2021). Cela passera immanquablement par l'intégration de spécialistes de l'électronique et de l'informatique. «Des profils pas forcément geeks à cheveux longs mais bien des personnes qui puissent se fondre dans le cadre militaire et ses exigences particulières.» Avec cette difficulté constante de fidéliser les engagés, plutôt que de les voir passer dans le camp privé après quelques mois passés sous les drapeaux. «Mais je crois qu'agir au cœur des systèmes de défense d'un pays a quelque chose qui doit stimuler sur le long terme», espère le chef d'état-major.

En attendant, épaulé par le colonel Antony et Jan Beutler (chef du bureau cyber), l'état-major se met petit à petit au niveau. Tout cela en conservant les fondamentaux de combats ou missions qui puissent être menés sans électronique. «La résilience est une nécessité, mais cela pèse quand le combat moderne nécessite de traiter nombre d'informations et agir rapidement. Mais pour mener à bien une approche, un combat, il est indispensable de combiner des systèmes ne dépendant pas de systèmes modernes que l'ennemi peut contrôler». Quand on vous dit que les combats d'antan avaient du bon...

Source: Luxemburger Wort

Patrick Jacquemot

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